Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /2009 19:55

La divinité la plus populaire au Tibet est sans conteste la bodhisattva Tara (Dolma en tibétain).



Elle incarne l'aspect féminin de la compassion ou de l'amour-bonté.

Elle doit probablement sa popularité au sage indien Atisha, venu en mission au tibet au XIème siècle.
Selon la légende, Tara l'accompagnait, intervenant chaque fois qu'il avait besoin d'être soutenu ou guidé. On dit qu'il la consulta avant de partir : elle lui révéla que de nombreux êtres bénéficieraient de cette mission mais que sa vie en serait écourtée.

Tara est étroitement associée au bodhisattva Avalokiteshvara. Une des légendes décrit le désespoir d'Avalokiteshvara devant son impuissance à conduire tous les êtres à la libération, désespoir tel qu'il en pleura. De ses larmes naquit Tara qui, depuis, l'assiste. Nul être, aussi insignifiant soit-il, qui ne soit l'objet de sa compassion.

Les tibétains disent souvent de Tara "qu'elle est la mère de tous les bouddhas", quelquefois même elle est un véritable bouddha éveillé. Toutefois aucun texte très important ne lui est consacré, bien qu'il existe un tantra de Tara d'origine assez récente. C'est dans ce tantra que se trouve l'épithète citée plus haut. 

TARA VERTE

TARA BLANCHE

Tara se manifeste sous deux formes principales : la Tara Blanche et la Tara Verte.
La Tara verte est la plus populaire, sa couleur symbolisant la dimension active de la compassion.
La Tara Blanche est plus communément invoquée pour obtenir la longévité. Elle est représentée assise en tailleur, une tige de lotus blanc dans la main gauche, la main droite étendue, comme celle de la Tara verte, pour accorder les bénédictions et la réalisation des désirs.

Hormis ces deux formes Tara possède vint et un autre aspect dans l'iconographie tibétaine. Elles sont quelquefois toutes représentées dans le même manuscrit et sont énumérées dans un chant populaire qui leur rend hommage.

Tara la Bien Aimée
L'hommage rendu à Tara est très répandu au Tibet.
Elle est essentiellement celle qui protège et qui sauve l'homme ordinaire de tous les dangers. Tara est aimée de tous les tibétains,laïcs et moines. Le rite qui lui est consacré est pratiqué dans tous les monastères, petits et grands, ainsi que dans les foyers. On récite souvent les Hommages aux vingt et une Tara, de même que le mantra pour l'invoquer :    " Om tare tuttare ture svaha".  Quelquefois, on incorpore son mantra dans un verset à sa louange : "
Om ! Hommage à la noble et vénérable Tara ! / Hommage, tare, à l'héroïne vive ! / qui chasse la peur avec tuttare. / Les syllabes svaha : devant toi je me prosterne."

LES VINGT ET UNE TARA

LOUANGE A TARA
Lors de chaque rituel tibétain en l'honneur de Tara on lit les Hommages au vingt et une Tara. Il s'agit là d'une oeuvre de littérature très importante dédiée à cette déesse fort populaire.
Chacun des versets se réfère à l'un de ses vingt et un aspects représentés sur le tanka, ci dessus et ci dessous.
En voici un extrait :

" Om ! hommage à la noble et vénérable Tara

Hommage à l'héroïne vive
Dont les yeux brillent comme des éclairs,
Surgie du centre
Du visage de lotus du protecteur du triple monde.

Hommage, Dame dont le visage est inscrit
D'une centaine de lunes d'automne
Brillant de la lumière éclatante
De cent étoiles.

Hommage, Dame aux mains parées de
La fleur de lotus,
Du lotus bleu et or ;
Qui incarne la générosité, la vigueur,
L'austérité, la sérénité, la patience et la méditation...

Hommage, Dame à la couronne qui répand une guirlande
De rayons de lumière scintillants et heureux
Et dont le rire moqueur de
tuttare
Soumet les forces du mal qui soumet le monde.

Hommage, Dame qui peut convoquer devant elle
Tous les protecteurs du monde,
Celle qui peut sauver de la détresse
D'un froncement de sourcil et par le son hum.

Hommage, Dame dont la couronne est un croissant
De lune
Dont les joyaux étincellent,
Dont le chignon émet les rayons de lumière sans fin
Du Bouddha Amitabha.

Hommage, Dame assise dans une guirlande de flammes
Rougeoyantes
Comme le feu à la fin de cet ère,
Détruira l'armée ennemie
Dans sa joyeuse posture de repos royal.

Hommage, Dame dont la main touche la
Terre,
Et qui frappe du pied sur la terre,
Soumettant les sept mondes inférieurs,
A l'aide de son hum émis par
Le froncement de ses sourcils...."

LES VINGT ET UNE TARA
Par Charme - Publié dans : BOUDDHISME
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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /2009 13:11






Les grillons du métro  sont certainement les animaux les plus célèbres de Paname...La presse leur a consacré plus d'un article, pourtant de nombreux usagers ignorent que des grillons chantent et s'épanouissent  à côté d'eux...Ils leur suffiraient juste d'écouter....
Ces grillons, grands voyageurs viennent de très loin....Tout droit d'Afgahanistan....
Ils ont débarqué des bateaux d'épices dès le Moyen Âge, dans le sud de la France.
Pour trouver la chaleur nécessaire à leur bien être et à leur survie, ils se sont précipités dans les fours des boulangers et sont devenus, ma foi, les compagnons favoris de la corporation.
Ils sont montés jusqu'à Paris attirés qu'ils étaient par des mots entendus par l'un d'eux et chantés de génération en génération: " Frrrrr, frrrrrr, Parrris capitale des lumièrrrres,frrrrr,frrrr......."
A Paris quand les fours des boulangers sont devenus "modernes" et ont dédaigné le bois pour l'électricité, la douce et réconfortante chaleur a disparu aussi....
Alors quelques courageux pionniers sont partis à l'aventure....Pas très loin, c'est vrai, mais pour un grillon visiter le métro est une sacrée aventure croyez moi!!!!
Là, déchets en tout genre et chaleur étaient dispensés à profusion...Quelle aubaine!!!!
Depuis, ente les rails et le ballast, des grillons heureux se font un devoir de proclamer leur présence, particulièrement sur les lignes 3 et 9, Belleville, Mairie de Montreuil et Saint Augustin sont leurs stations préférées!! Il doit y faire plus chaud...
Il est vrai que le grillon est difficile et choisit sa station avec beaucoup d'attention; la température ambiante doit être de 30 degrés environ, et seules quelques lignes, dont le ballast volcanique capte la chaleur des rames particulièrement chaude, permettent d'atteindre la moiteur nécessaire à son nirvana.
Une fois installé, cet aventurier hors classe, part chercher sa nourriture, et là pas de problèmes, il trouve facilement  sa pitance, dans les petites grottes du ballast.
Il faut dire qu'il n'est pas difficile: les feuilles sèches et bouts de papiers gras suffisent à le restaurer. Les multiples infiltrations et canalisations d'eau sont des sources rafraîchissantes et les jeunes font leur régal du cadavres des vieux grillons, ils y trouvent l'eau et les protéines nécessaires à leur croissance.
Le grillon chante toute l'année et pour de multiples raisons, soit pour proclamer à la cantonade son amour pour les femelles disponibles qui soit dit en passant peuvent percevoir des sons à plus de dix mètres les coquines, soit, beaucoup plus discrètement, murmurant doucement sa passion à la femelle de son choix ou de manière beaucoup plus agressive pour écarter un rival.
Depuis quelques années, il est interdit de fumer dans le métro, et les vieux mégots, ce régal du grillon, ont disparu des voies. Pour notre ami il est trois fois plus difficile de trouver sa nourriture. Les temps sont beaucoup plus durs !!
Depuis 1992, une association, la Ligue de protection des grillons du métro parisien (LGPMP) s'active pour sauver de la disparition les grillons du métro. Elle n'hésite pas à interpeller la RATP pour une réduction des grèves du personnel qui, en limitant le passage des rames fait dangereusement baisser la température du ballast. Ses membres espèrent aussi, la transformation des stations désaffectées en auditorium à grillons et l'obtention du statut de parc naturel pour les lignes 3 et 9...
Il a peut être urgence à faire quelque chose en effet, car des observateurs ont constaté que le chant de ce paisible insecte se faisait de plus en plus rare sans que personne n'est jusqu'içi découvert la raison de ce changement......Le chant du cri-cri parisien apporte un peu de poésie dans l'univers infernal du métro et sa disparition serait d'une grande tristesse...Je veux donc rester optimiste, tout comme Rodolphe Trouilleux auteur du livre"Histoires insolites des animaux de Paris" d'où est extrait cet article et ne pas mettre un point final à cette cohabitation si particulière entre la machine et l'animal....

Logo de La Ligue de protection du Grillon Parisien
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 17:46

 

René François Ghislain Magritte est né le 21 novembre 1898 à Lessines près de Charleroi. Deux frères ,le suivent, Raymond et Paul.
E n 1910 il prend ses premières leçons de peinture.
En 1912, sa mère se suicide par noyade.
Un an plus tard la famille s'installe à Charleroi.
C'est là qu'il rencontrera Georgette Berger qui sera la compagne de toute sa vie.
Sa rencontre avec l'oeuvre de Giorgo De Chirico "Chant d'amour" agit comme une naissance artistique, il dira: "Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois".
Dés lors le peintre concoit ses premières oeuvres surréalistes, il déclarera: "Il s'agit d'une nouvelle vision où le spectateur retrouve son isolement et entend le silence du monde".
L'artiste a une passion pour les cases, les miroirs, les rébus, les énigmes, une prédilection pour les personnages de dos, il emprisonne les nuages et découpe sa femme en morceaux...

Suivent quelques tableaux accompagnés des commentaires de Mr Pierre Sterckx (écrivain, critique d'art et enseignant. Depuis septembre 2008, Pierre Sterckx est chroniqueur à l'émission de Guillaume Durand "l'objet du scandale", sur France 2. Il collabore à Beaux-Arts Magazine depuis 1997), extrait du Télérama hors série "Magritte".

1927
La clef des songes

Magritte a créé une série importante de tableaux dans lesquels les images d'objets familiers sont associées à des mots qui, censés les accompagner, entrent avec elles dans un rapport de dissemblance totale. La poétique, içi, commence par un mésusage du langage. Les tableaux deviennent rébus et invitent le spectateur à quitter sa passivité de voyeur pour jouer le jeu du sens caché. 

1930
L'Evidence éternelle
Magritte a déclaré et répété que l'invention de la pin-up était une pure stupidité et il témoignait du même rejet vis à vis de le "femme idéale" chantée par maints surréalistes.
Cependant Georgette fut le seul amour de sa vie, son seul modèle. Le visage et le corps nu de Georgette scandent sa peinture depuis 1924 jusqu'à sa mort.
Le titre "L'Evidence éternelle", est éloquent à ce sujet. Cette beauté crève les yeux et défie la mort.
Il faudra cependant veiller à ne pas la diviniser. Pour ce faire, Magritte s'empare de la question du cadre ou plutôt du "cadrage". Georgette apparaît fragmentée. Toute vision globale, toute anatomie unifiante s'avérant impossible, Magritte cadre chaque partie du beau corps aimé, tel un photographe ou un cinéaste multipliant les "prises".

1934
Le Viol
Les titres des tableaux de Magritte ne disent jamais la même chose que leurs images. Ils n'en donnent ni explication ni narration. Cependant ils y renvoient par ricochet, obligeant le spectateur à un travail d'interprétation parfois trés subtil. Pourquoi "Le Viol"? Parce que ce tableau est une violence faite au visage féminin, à sa beauté et à sa noblesse. Le corps nu a glissé à la place de la physionomie, y imposant une obscénité animale. Et cette sexualité brutale agresse le spectateur qui en demeure pétrifié comme s'il venait de croiser le regard mortel d'une Gorgone.

1934
La Condition humaine
Magritte est le peintre de la profondeur laminaire et "La Condition humaine" en est le tableau phare. On y voit un tableau sur chevalet qui prolonge la ligne d'horizon marin d'un paysage qu'il représente. Le spectateur face à ce tableau s'aperçoit du passage d'une surface-paysage à celle du tableau-surface par le bord blanc de la toile sur chevalet. Et tout lui devient surface.

1937
La Reproduction interdite
Chez Magritte les miroirs désobéissent à leur fonction de reflet et de ressemblance. Sur la tablette devant le miroir, on remarque un exemplaire des "Aventures de Gordon Pynn", d'Edgar Poe. Dans ce récit, un sauvage visitant le yatch du narrateur tombe en syncope en découvrant son visage dans le miroir...Magritte s'arrête au bord de ce vertige brutal pour en créer un autre. Magritte qui a oeuvré toute sa vie de peintre selon un art de la dissemblance, devait faire mentir le miroir.

1958
Les Vacances de Hegel

Le titre est explicite (rare) et peut aider le spectateur à saisir ce curieux montage d'un verre d'eau et d'un parapluie ouvert. La dialectique hégélienne foncionne, en effet, par concaténation de phrases (thèses, antithèses, synthèses) qui sont à considérer comme les causes et leurs effets. Si Hegel "s'en va en vacances", tout ce beau système risque de se détraquer et voici le chaos! Normalement un parapluie ouvert doit servir à écarter l'eau de pluie de la tête de son usager. Si à présent cette eau se trouve contenue dans un verre au sommet de l'ombrelle, rien ne va plus. Comme il ne pleut pas, on devrait replier l'engin, mais si l'on risquait cela le verre d'eau se renverserait!
Magritte aura donc réussi à désorganiser les objets pour en faire des "tropes", des figures d'une rhétorique de l'image. On pourrait parler d'un processus qui consiste à maintenir le spectateur en suspens et à lui faire supposer une issue totalement incongrue.
Magritte est passé maître dans ce domaine.

1962
Le Domaine d'Arnheim
De tous les tableaux où Magritte fait allusion au suicide de sa mère, celu-ci est sans doute le plus émouvant. Magritte met en scène ce que nous apprenent les psychologues: une mère suicidaire anticipe toujours son acte par une conduite dépressive, froide, distante. L'enfant en souffre bien avant l'instant fatal.
Dans "le Domaine d'Arnheim" (un titre d'Edgar Allan Poe, l'écrivain favorit de Magritte, lui aussi confronté à la mort dramatique de la maman), la mère est une montagne enneigée dont la crête donne à voir le profil d'un oiseau, ailes ouvertes. Cet oiseau lointain et glacé, fait de pierre et de neige, baigne dans un climat bleu (la couleur la plus émotivement froide). Il voudrait bien couver son nid figuré en avant-plan sur le tableau, mais sa pétrification l'en empêche. Ne lui reste que le regard; cette colombe couve sa nichée avec les yeux. Sa couvaison est oculaire, tout comme la peinture de Magritte, qui aura négligé les valeurs tactiles de la touche et de matière pour la seule netteté frigide des images. La peinture étant pour Magritte la seule manière de gérer le manque de tendresse, la mise à distance de la chaleur du nid.

1962
L'Automate
L'image du grelot est abondante dans l'oeuvre de Magritte. Il précisa que ce petit objet de métal fendu et sonore fut celui qu'il admirait au cou des chevaux de son enfance. Mais le grelot magrittien s'est libéré de ce souvenir effectif. Il devint une boule metallique en lévitation et apparaissant comme une sorte d'ovni. Nacelle venue d'un autre monde, qui nous observe depuis la fente de sa meurtrière horizontale, le grelot est doué d'un regard meurtrier, celui de l'étrangeté. Dans "L'Automate" le grelot s'est invité au sein de l'intimité de la maison ce qui accroit son pouvoir d'inquiétante étrangeté. Ce grelot est extrèmement froid, et Magritte disait que tout l'univers, à son image, ne pouvait qu'être glacial. Dans le dictionnaire, "grelot" se trouve entre "grêlon" et "grelotter", il est de glace autant que d'acier. Si, donc, nous ne sommes pas les seuls habitants conscient au sein des galaxies, Magritte nous prévient que nous n'avons rien à attendre des "autres", des "aliens" qui demeureront muets tout en nous observant. Parfois, le serpent fixe longuement sa proie avant de la frapper.

1963
La Grande Famille
La peinture de Magritte est souvent torturée, guettée par le désespoir ou l'angoisse. Ce tableau va dans un tout autre sens. Le bonheur s'y étale sans fausse note, nul accent perturbateur n'en vient compromettre l'envol. C'est un tableau aérien, plane, sensuel, un jeu de surfaces. La queue de la colombe naît de l'horizon marin. Elle ne se sépare nullement de l'origine de toute vie car elle fut enfantée par le ressac, les marées et l'évaporation. Mais elle se refuse à devenir une chose ou un être. Il a suffit à Magritte de découper son élégante silhouette dans la surface d'un ciel gris pour la faire surgir comme ciel bleu. Magritte réussit le prodige de moduler une image de colombe dans une sorte de papier peint nommé "ciel".

Quelques autres tableaux...

La Trahison des images

Le Faux miroir

Les Amants

La Mémoire

La Voix des Airs


Et pour ceux qui veulent en savoir plus, une petite vidéo.....


Par Charme - Publié dans : ARTS
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 14:55

Les instructions concernant l’Effort juste sont très claires. Le Bouddha a parlé de ce qui est « sain », « bénéfique » ou « salutaire » pour désigner ce qui conduit au bonheur, et de ce qui est « malsain », « néfaste » ou « dommageable » pour désigner ce qui conduit au malheur. La ligne de conduite est la suivante : on remarque quand des sentiments d’amitié, de compassion ou de générosité sont présents à l’esprit et on les encourage à grandir. Il faut pratiquer de manière à générer le bonheur. On reconnaît également quand des sentiments perturbateurs comme la colère et la convoitise surgissent à l’esprit et on essaie de les décourager de grandir, tout en sachant que l’idéal est de les faire sortir de l’esprit.

je pense que le Bouddha voulait dire que nous avons le choix de nos états mentaux. C’est plus facile à dire qu’à faire. La convoitise et la colère, pour le moins sous forme d’explosions mineures, ont un effet stimulant qui peut paraître séduisant. C’est peut-être la raison pour laquelle le Bouddha a parlé d’Effort juste et non de Choix juste.

Un jour, il y a des années de cela, je suis partie en voiture à l’aéroport d’Oakland pour chercher mon mari qui rentrait par un vol de nuit. L’autoroute était déserte et monotone. Voyant que je commençais à m’assoupir, j’ai eu peur de m’endormir au volant. C’est alors que, dans le défilement de mes pensées, je me suis sou-venue d’une personne qui avait été médisante à mon sujet.

« Quel culot celle-là », me suis-je dit, ce qui m’a réveillée d’un coup. Une indignation justifiée avait dissipé mon engourdissement.

« Fantastique ! me suis-je alors écriée, me félicitant de ma découverte. Les états mentaux sont interchangeables. Je peux les rem-placer. Je peux rester éveillée en nourrissant des pensées de colère. »

Et c’est ce que j’ai fait. Tout au long du trajet jusqu’à l’aéroport, j’ai eu des pensées de colère et j’ai joué différents dialogues : ce que j’avais dit, ce qu’elle avait dit que j’avais dit, ce que je pouvais dire à tout le monde sur ce qu’elle avait dit que j’ avais dit. . . En arrivant au parking de l’aéroport, j’étais complètement réveillée. je n’en suis pas totalement sûre, mais je crois que je devais être un peu remontée et irritée ce qui n’était pas le meilleur état d’esprit à avoir pour retrouver quelqu’un.

Deux jours plus tard, j’ai raconté cet épisode à mon maître de méditation, pensant qu’il allait me féliciter de ma découverte sur la relation entre le corps et l’esprit. Il a ri et dit : « C’est vrai ce que tu dis sur la capacité de remplacer les états mentaux. Mais tu aurais tout aussi bien pu te tenir en éveil avec une pensée sexuelle. Cela aurait été plus amusant ! » Cela m’aurait certainement mise de meilleure humeur pour un retour à la maison.

Beaucoup plus tard, j’ai commencé à me rendre compte qu’en dehors des petits accès de convoitise et de colère qui sont des

réponses naturelles de l’esprit face aux expériences agréables et désagréables, le fait de rester dans un extrême ou l’autre finit par être ennuyeux. Un désir prolongé est aussi fatigant et démoralisant qu’une aversion prolongée. Cela fatigue l’esprit, ce qui rend ces états mentaux encore plus difficiles à éliminer. je pense que cela nous épuise de leur donner du pouvoir et de regarder le monde à travers eux. Nous avons besoin de lignes directrices pour nous en souvenir, et aussi de gens pour nous le rappeler.

j’étais dans ma voiture sur le Golden Gate Bridge pour retrouver une amie avec qui je devais passer la soirée à l’opéra et, pour je ne sais quelle raison, j’avais l’esprit maussade. j’avais manqué le magnifique panorama de la baie de San Francisco avec toutes les lumières de la nuit qui s’allument. Lorsque je suis arrivée au péage, j’ai donné mon ticket à l’employé et il m’a lancé un : « Passez une bonne soirée ! » Ce fut comme un réveil brutal. « Mais que suis-je donc en train de faire ? me suis-je dit. je vais voir une amie que j’aime, pour faire quelque chose que j’adore, et j’ ai le cafard. »

De toute évidence, il y a des choses tristes dans le monde en ce moment même, y compris dans ma vie, mais le fait de broyer du noir n ’y changera rien. Cela ne fait même qu’empirer les choses. Le Bouddha a enseigné : « L’ esprit présent conditionne le suivant. » Le fait de ressasser les choses emprisonne l’esprit dans la lassitude de sa propre histoire. Le bonheur sort l’esprit de cet état pour le remettre sur les bons rails.

Sharon Salzberg, auprès de qui j’ai appris la méditation de l’amour, terminait nos entretiens maître-disciple en disant : « N’oublie pas d’être heureuse, Sylvia ! » Pendant longtemps, j’ai cru que cela correspondait à l ’habituel « Passe une bonne journée ! » que les Californiens ont tout le temps à la bouche. Plus tard, j’ai compris qu’il s’agissait d’une instruction.

 

Par Charme - Publié dans : BOUDDHISME
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /2009 17:16

Le but de la vie

Une grande question sous-tend notre expérience, que nous y songions sciemment ou non : Quel est le sens de la vie ? J’y ai réfléchi, et j’aimerais partager mes pensées dans l’espoir qu’elles puissent apporter une aide directe et pratique à ceux qui les liront.

Je crois que le but de la vie est d’être heureux. Dès la naissance, tout être humain aspire au bonheur et ne veut pas souffrir. Ni les conditions sociales ni l’éducation ni l’idéologie n’affectent cette aspiration. Du plus profond de notre être, nous voulons simplement être contents. Je ne sais si l’univers avec ses innombrables galaxies, étoiles et planètes a ou non un sens plus profond, mais au moins, il est évident que nous autres, humains qui vivons sur cette terre, nous avons pour tâche de nous faire une vie heureuse. C’est pourquoi il est important de découvrir ce qui nous apportera le bonheur à son degré le plus haut.

Obtenir le bonheur

D’entrée de jeu, il est possible de diviser tous les genres de bonheur et de souffrance en deux grandes catégories : mentale et physique. Des deux, c’est l’esprit qui exerce la plus grande influence sur la plupart d’entre nous. A moins d’être gravement malade ou privé du nécessaire, notre condition physique joue un rôle secondaire dans la vie. Si le corps est content, pratiquement nous l’ignorons. L’esprit cependant enregistre le moindre événement, aussi infime soit-il. Nous devons donc consacrer nos efforts les plus sérieux à instaurer une paix mentale.

Bien que limitée, ma propre expérience m’a montré que le plus haut degré de tranquillité intérieure venait du développement de l’amour et de la compassion.

Plus nous nous soucions du bonheur des autres, plus notre propre bien-être s’accroît. Cultiver un sentiment de cordialité et de proximité chaleureuse envers les autres met automatiquement l’esprit à l’aise. Cela aide à dissiper les craintes ou l’insécurité que nous pourrions nourrir, tout en nous donnant la force de faire face aux obstacles que nous rencontrons. C’est la source ultime de la réussite de la vie.

Aussi longtemps que nous vivons dans ce monde, nous sommes voués à rencontrer des problèmes. Si, dans ces moments, nous perdons espoir et nous nous décourageons, nous amoindrissons notre capacité à affronter les difficultés. D’autre part, si nous nous souvenons que ce n’est pas seulement nous, mais tout un chacun qui doit passer par la souffrance, cette perspective plus réaliste confortera notre détermination et notre capacité à surmonter les ennuis. En fait, en adoptant cette attitude, tout nouvel obstacle peut être considéré comme une bonne occasion d’améliorer notre état d’esprit !

Ainsi, nous pouvons graduellement tendre à davantage de compassion, ce qui veut dire développer à la fois une authentique sympathie à l’égard des souffrances d’autrui et la volonté de les aider à s’en défaire. Il en résultera un accroissement de notre propre sérénité et de notre force intérieure.

Notre besoin d’amour

Finalement, l’amour et la compassion apportent le bonheur le plus grand simplement parce que notre nature y tient par-dessus tout. Le besoin d’amour est la pierre angulaire de l’existence humaine. Il résulte de la profonde interdépendance que nous partageons tous les uns avec les autres. Aussi capable et plein de ressources soit-il, laissé seul, aucun individu ne peut survivre. Aussi vigoureux et indépendant puisse-t-on se sentir durant les périodes les plus florissantes de la vie, quand on est malade, ou très jeune ou très vieux, on dépend forcément du soutien des autres.

A l’évidence, l’interdépendance est une loi fondamentale de la nature. Il ne s’agit pas seulement des formes de vie les plus évoluées, mais même les insectes les plus petits sont des êtres sociaux qui, sans la moindre religion, loi ou éducation, survivent grâce à une coopération mutuelle fondée sur une reconnaissance innée de leur interrelation. Le niveau le plus subtil des phénomènes matériels est lui aussi régi par l’interdépendance. Tous les phénomènes, de la planète où nous habitons jusqu’aux océans, aux nuages, aux forêts et aux fleurs qui nous entourent, surviennent dans la dépendance de modèles subtils d’énergie. Sans leur interaction propre, ils se dissolvent et s’altèrent.

C’est parce que notre propre existence humaine dépend tellement de l’aide des autres que notre besoin d’amour est le fondement même de notre existence. En conséquence, un authentique sens de responsabilité et le souci sincère du bien-être des autres nous sont nécessaires.

Considérons ce que nous sommes réellement, nous autres êtres humains. Nous ne sommes pas comme des objets faits par des machines. Si nous n’étions que de simples entités mécaniques, des machines pourraient alléger toutes nos souffrances et subvenir à nos besoins. Cependant, comme nous ne sommes pas uniquement des créatures matérielles, il est faux de placer tous nos espoirs de bonheur dans le seul développement extérieur. Il vaut beaucoup mieux prendre en considération nos origines et notre nature pour découvrir ce dont nous avons besoin.

Laissant de côté la question complexe de la création et de l’évolution de notre univers, nous pouvons au moins convenir que chacun d’entre nous est le produit de ses propres parents. En général, notre conception a eu lieu non pas simplement dans le contexte du désir sexuel, mais aussi de la décision de nos parents d’avoir un enfant. Pareille décision se fonde sur la responsabilité et l’altruisme, soit l’engagement de nos parents de soigner leur enfant jusqu’à ce qu’il soit capable de prendre lui-même soin de lui. Ainsi, dès l’instant où nous avons été conçus, l’amour de nos parents est directement impliqué dans notre création.

Plus encore, nous sommes entièrement dépendants des soins de notre mère dès les premiers moments de notre croissance. A en croire certains scientifiques, l’état d’esprit calme ou agité d’une femme enceinte aurait un effet physique direct sur l’enfant qu’elle porte.

L’expression de l’amour est également très importante au moment de la naissance. Dans la mesure où la première chose que nous faisons, c’est téter le lait du sein maternel, nous nous sentons naturellement plus proche de notre mère, et elle aussi doit ressentir de l’amour pour nous afin de nous nourrir comme il faut ; qu’elle soit en colère ou mécontente, son lait peut ne pas s’écouler librement.

Il y a ensuite la période critique du développement du cerveau, à partir de la naissance jusqu’à environ trois-quatre ans, durant laquelle un contact physique affectueux est le facteur primordial de la croissance normale d’un enfant.

Si l’enfant n’est pas choyé, câliné ou aimé, son développement sera amoindri et son cerveau ne mûrira pas comme il faut.

Puisque l’enfant ne peut survivre sans les soins des autres, l’amour est la nourriture la plus importante.

Aujourd’hui, nombre d’enfants grandissent dans des foyers malheureux. S’ils ne reçoivent pas d’affection, plus tard dans la vie, ils aimeront rarement leurs parents et souvent ils trouveront difficile d’aimer les autres. C’est fort triste.

Quand les enfants deviennent plus âgés et entrent à l’école, leur besoin d’aide doit être comblé par leurs enseignants. Si un professeur ne se contente pas uniquement d’enseigner des sujets académiques, s’il assume également la responsabilité de préparer ses étudiants à la vie, ses élèves éprouveront respect et confiance, et ce qu’ils auront appris laissera une impression indélébile dans leur esprit. En revanche, des matières enseignées par quelqu’un ne se préoccupant guère du bien-être général de ses étudiants seront considérées comme passagères et rapidement oubliées.

De la même manière, quand un malade est traité à l’hôpital par un médecin qui manifeste de la chaleur humaine, il se sent à l’aise, et le désir du médecin de prodiguer les meilleurs soins a lui-même un effet curatif, indépendamment de ses qualités techniques. Au contraire, quand un médecin manque de chaleur humaine et affiche une expression inamicale, impatiente ou dédaigneuse, le malade se sent anxieux même s’il s’agit du médecin le plus réputé, même si le diagnostic a été correctement posé et si les médicaments les plus efficaces lui ont été prescrits. Inévitablement, l’attitude du patient fait la différence pour ce qui est de la qualité et de l’ampleur de sa guérison.

Engagés dans une conversation courante de la vie de tous les jours, quand l’interlocuteur parle avec chaleur, nous écoutons avec plaisir et nous répondons de la même manière, si bien que la conversation devient intéressante en dépit de sa banalité. A l’inverse, si quelqu’un parle avec froideur ou rudesse, nous nous sentons mal à l’aise et souhaitons en finir rapidement. De l’événement le plus petit au plus important, l’affection et le respect des autres sont vitaux pour notre bien-être.

Récemment, j’ai rencontré un groupe de scientifiques américains qui disaient que le pourcentage de maladies mentales était plutôt élevé dans leur pays – environ 12 pour cent de la population. De la discussion, il est clairement ressorti que la cause principale de la dépression n’était pas le manque de biens matériels, mais la privation de l’affection des autres.

Ainsi, comme vous pouvez le constater de tout ce que j’ai écrit jusqu’ici, une chose me paraît évidente : que nous en soyons conscients ou non, du jour où nous sommes nés, nous avons dans le sang le besoin d’affection humaine. Même si cette affection vient d’un animal ou de quelqu’un que nous considérions normalement comme un ennemi, elle attirera naturellement enfants et adultes.

Je crois que nul n’est né sans ce besoin d’amour. Et quand bien même certaines écoles modernes de pensée s’efforcent de le faire, cela démontre que les êtres humains ne peuvent être définis uniquement physiquement. Nul objet matériel, aussi beau et précieux soit-il, ne peut nous faire sentir aimé, parce que notre identité profonde et notre vrai caractère s’enracinent dans la nature subjective de l’esprit.

Développer la compassion

Quelques-uns de mes amis m’ont dit que l’amour et la compassion, c’était bien beau, mais que ça n’avait pas tellement cours. Notre monde, disent-ils, n’est pas un lieu où pareilles convictions ont beaucoup d’influence ou de pouvoir. Ils affirment que la colère et la haine font tellement partie de la nature humaine qu’elles domineront à jamais l’humanité. Je ne suis pas d’accord.

Nous autres êtres humains, nous existons sous notre forme actuelle depuis environ une centaine de milliers d’années.

Je crois que si durant tout ce temps, l’esprit humain avait été fondamentalement sous l’emprise de la colère et de la haine, la population globale aurait diminué. Aujourd’hui pourtant, malgré toutes les guerres, force est de constater que la population humaine est plus nombreuse que jamais. A mon avis, cela prouve clairement que l’amour et la compassion prédominent dans le monde. C’est aussi pourquoi les événements désagréables font la « une » de l’actualité : les activités compatissantes font tellement partie de la vie quotidienne qu’elles sont considérées comme allant de soi, et par conséquent, largement ignorées.

Jusqu’ici, j’ai essentiellement parlé des avantages mentaux de la compassion, mais elle contribue également à la santé physique. Selon ma propre expérience, la stabilité mentale et le bien-être physique sont directement liés. Nul doute que la colère et l’agitation nous rendent plus vulnérables à la maladie. Par ailleurs, si l’esprit est tranquille et occupé à des pensées positives, le corps offrira moins facilement prise à la maladie.

Au demeurant, il est aussi vrai que nous avons tous un égoïsme inné qui inhibe notre amour pour les autres. Donc, comment développer cet esprit calme qui seul apporte le vrai bonheur auquel nous aspirons, ainsi que cette attitude compatissante qui seule donne la paix de l’esprit ? A l’évidence, il ne suffit pas de penser combien la compassion est jolie. Nous avons à accomplir un effort concerté pour la développer ; nous devons utiliser tous les événements de notre vie quotidienne afin de transformer nos pensées et notre conduite.

Avant tout, nous devons clairement savoir ce que nous entendons par compassion. Certaines formes de compassion sont mêlées de désir et d’attachement. Par exemple, l’amour des parents pour leur enfant est souvent fortement associé à leurs propres besoins émotionnels, si bien qu’il n’est pas pleinement compatissant. De même, dans le mariage, l’amour entre mari et femme – surtout au début, quand chacun des partenaires ne connaît peut-être pas en profondeur le caractère de l’autre, dépend davantage de l’attachement que d’un amour véritable. Notre désir peut être si fort que la personne à qui nous sommes attachés paraît être bonne, alors qu’en fait, il ou elle est très négatif. De plus, nous avons tendance à exagérer les menues qualités positives. Ainsi, quand l’attitude d’un partenaire change, l’autre est souvent désemparé, et son attitude change aussi. C’est là un signe que l’amour avait pour motif davantage un besoin personnel qu’un authentique souci de l’autre.

La véritable compassion n’est pas simplement une réponse émotionnelle, c’est un engagement ferme, fondé sur la raison. En conséquence, une attitude authentiquement compatissante envers les autres ne change pas même si les autres se comportent de façon négative.

Bien sûr, développer cette sorte de compassion n’est pas du tout facile ! Pour commencer, examinons les faits suivants :

Qu’ils soient beaux et gentils, ou laids et inamicaux, les autres sont finalement des êtres humains comme nous. Comme nous, ils aspirent au bonheur et ne veulent pas souffrir. Plus encore, leur droit à maîtriser la souffrance et à être heureux est égal au nôtre. Lorsque vous admettez que tous les êtres sont égaux tant dans leur désir de bonheur que dans le droit de l’obtenir, automatiquement, vous ressentez cette empathie et vous vous sentez plus proche d’eux. En accoutumant votre esprit à ce sens de l’altruisme universel, vous cultivez un sentiment de responsabilité envers les autres : le désir de les aider activement à surmonter les problèmes. Ce souhait-là n’est pas sélectif, il s’applique à égalité à tous. Aussi longtemps qu’il y aura des êtres humains faisant la même expérience que vous du plaisir et de la douleur, il ne saurait y avoir de base logique établissant des différences entre eux ni modifiant votre sollicitude à leur égard, quand bien même leur attitude est négative.

Laissez-moi souligner que vous en avez le pouvoir : avec de la patience et du temps, vous pouvez développer cette sorte-là de compassion. Bien entendu, notre égoïsme et notre attachement distinctif au sentiment d’un « moi » indépendant, existant de par lui-même, s’activent fondamentalement à inhiber notre compassion. En fait, la véritable compassion ne devient expérience qu’au moment où cette façon d’appréhender le soi est éliminée. Mais cela ne veut pas dire que nous ne puissions pas commencer et progresser dès maintenant.

Comment commencer ?

Nous devrions commencer par écarter les plus grandes entraves à la compassion que sont la colère et la haine. Comme nous le savons tous, ce sont là des émotions extrêmement puissantes qui peuvent entièrement submerger notre esprit. Il n’empêche qu’elles peuvent être contrôlées. Si pourtant elles ne le sont pas, ces émotions négatives nous harcèleront sans le moindre effort de leur part, tout en freinant notre recherche de la sérénité d’un esprit aimant.

Or donc, pour commencer, il est utile de se demander si oui ou non, la colère a une valeur quelconque. Parfois, alors que nous sommes découragés face à une situation difficile, la colère peut sembler utile en paraissant apporter davantage d’énergie, de confiance et de détermination.

Mais là, il faut soigneusement examiner notre état d’esprit. S’il est vrai que la colère est porteuse d’une certaine énergie, à l’examen de la nature de celle-ci, nous découvrirons qu’elle est aveugle : nous ne pouvons être sûrs de son résultat, positif ou négatif. Cela parce que la colère éclipse la meilleure part de notre cerveau, sa rationalité. Par conséquent, l’énergie de la colère est, la plupart du temps, sujette à caution. Elle peut induire une conduite immensément destructrice et malheureuse. De surcroît, si la colère est poussée à l’extrême, on peut en devenir comme fou et agir de manière préjudiciable autant pour soi que pour les autres.

Il est cependant possible de développer une énergie tout aussi forte, mais beaucoup mieux contrôlée, avec laquelle affronter les situations difficiles.

Cette énergie contrôlée vient non seulement d’une attitude compatissante, mais également de la raison et de la patience. Ce sont là des antidotes les plus puissants de la colère. Malheureusement, nombre de gens méjugent ces qualités qu’ils considèrent comme des signes de faiblesse. Je tiens le contraire pour vrai : ils sont les signes véritables de la force intérieure. De par sa nature, la compassion est aimable, paisible et douce, mais elle aussi très puissante. Ce sont ceux qui perdent aisément patience qui sont incertains et instables. C’est pourquoi, à mes yeux, une flambée de colère est un signe direct de cette faiblesse.

Ainsi, quand un problème se pose, essayez de rester humble et de garder une attitude sincère, prenez soin que la solution en soit juste. Sans doute d’autres peuvent-ils tenter d’en tirer avantage. Si votre attitude détachée ne fait qu’encourager une agression injuste, adoptez une position ferme. Faites-le néanmoins avec compassion, et s’il s’avère nécessaire d’exprimer votre point de vue et de prendre de sévères contre-mesures, faites-le sans colère ni mauvais dessein.

Vous devez réaliser que même si vos adversaires semblent vous nuire, en dernier ressort, leur activité destructrice se retournera contre eux. Afin de brider votre propre impulsion égoïste à des représailles, vous devez vous rappeler votre souhait de pratiquer la compassion et d’assumer la responsabilité d’aider autrui à prévenir la souffrance causée par ses propres actes.

Ainsi, parce que calmement choisies, les mesures que vous employez seront plus efficaces, plus adéquates et plus puissantes. Des représailles étayées par l’énergie aveugle de la colère atteignent rarement leur but.

Amis et ennemis

Je tiens à souligner une fois encore que simplement se dire que la compassion, la raison et la patience sont bonnes ne suffira pas à les développer. Nous devons saisir l’occasion des premières difficultés pour tenter de les pratiquer.

Qui donc crée de telles occasions ? Pas nos amis, bien entendu, mais nos « ennemis ». Ce sont ceux qui nous posent le plus de problèmes. Si bien que si nous voulons vraiment apprendre, nous devons considérer les ennemis comme les meilleurs maîtres !

Pour qui estime hautement la compassion et l’amour, la pratique de la tolérance est essentielle, et pour cela, un ennemi est indispensable. Nous devons donc être reconnaissants à nos ennemis, car ce sont eux qui nous aident le mieux à développer un esprit serein ! La colère et la haine sont nos vrais ennemis. Ce sont ces forces-là que nous devons le plus affronter et défaire, pas les « ennemis » passagers qui font par intermittence leur apparition dans la vie.

Bien sûr, il est naturel et juste de tous vouloir avoir des amis : il m’arrive souvent de plaisanter en disant que si l’on veut vraiment être égoïste, il faut être altruiste ! Vous devez beaucoup vous soucier des autres, être concerné par leur bien-être, les aider, les servir, vous faire encore plus d’amis et faire fleurir davantage de sourires. Le résultat ? Quand vous-même aurez besoin d’aide, vous en trouverez en veux-tu en voilà ! Par ailleurs, si vous négligez le bonheur des autres, à long terme, vous serez perdant. Est-ce que l’amitié naît de querelles et de colère, de jalousie et de compétition effrénée ? Je ne le crois pas. Seule l’affection nous apporte de vrais amis proches.

Dans la société matérialiste d’aujourd’hui, si vous avez de l’argent et du pouvoir, vous semblez avoir beaucoup d’amis. Mais ce ne sont pas vos amis, ce sont les amis de votre argent et du pouvoir. Si vous perdez richesse et influence, vous aurez bien du mal à retrouver ces gens-là.

L’ennui, c’est que tant que les choses vont bien pour nous, nous sommes sûrs que nous pouvons nous en tirer tout seul, et nous avons l’impression de ne pas avoir besoin d’amis. Cependant, à mesure que notre situation et notre santé déclinent, nous ne tardons guère à réaliser combien nous avions tort. C’est là que nous voyons qui nous aide réellement et qui est complètement inutile. C’est dire que pour se préparer à ce moment-là, pour se faire de vrais amis qui nous aideront quand le besoin s’en fera sentir, nous devons nous-mêmes cultiver l’altruisme.

Même si parfois d’aucuns brocardent quand je dis cela, en ce qui me concerne, je veux toujours davantage d’amis. J’aime les sourires. Et mon problème, c’est de savoir comment me faire plus d’amis, de voir davantage de sourires – surtout de vrais sourires, car il y a plusieurs sortes de sourires – sarcastiques, artificiels ou diplomatiques, par exemple. Certains sourires n’éveillent aucune satisfaction, et parfois, il en est même qui engendrent la suspicion ou la peur, n’est-ce pas ?

Toujours est-il qu’un sourire authentique nous donne un vrai sentiment de fraîcheur, et je crois qu’il n’appartient qu’à l’être humain. Et si nous voulons ces sourires-là, nous devons nous-mêmes créer les raisons qui les font apparaître.

La compassion et le monde

Pour conclure, j’aimerais aller un peu au-delà du sujet de ce bref exposé et souligner un point capital : le bonheur de chacun peut contribuer de manière à la fois profonde et efficace à une amélioration générale de la communauté humaine toute entière.

Du fait que nous partageons tous un identique besoin d’amour, il est possible d’éprouver le sentiment que quiconque nous rencontrons, quelles que soient les circonstances, nous est un frère ou une sœur. Aussi nouveau que soit le visage ou aussi dissemblables que soient l’habit ou la conduite, il n’y a pas de clivage significatif entre nous et les autres. C’est folie que de s’arrêter aux différences extérieures, car nos natures fondamentales sont les mêmes.

En ultime instance, l’humanité est une, et cette petite planète est notre seul foyer. Si nous voulons le protéger, chacun de nous a besoin de l’expérience vécue de l’altruisme universel. Seul se sentiment peut écarter les motifs égoïstes qui poussent les gens à se tromper et à abuser les uns des autres. Le cœur sincère et ouvert, vous vous sentez naturellement confiant et sûr de vous, sans avoir à craindre les autres.

Je crois qu’à tous les niveaux de la société-familial, tribal, national et international, la clef d’un monde plus heureux et plus réussi réside dans une compassion croissante. Nul besoin de devenir religieux, pas plus que nous n’avons besoin de croire en une idéologie. Tout ce qui est nécessaire à chacun de nous, c’est développer nos meilleures qualités humaines.

J’essaie de traiter quiconque je rencontre comme un vieil ami. Cela me donne une sensation de vrai bonheur. Telle est la pratique de la compassion.

Par Charme - Publié dans : BOUDDHISME
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